CHSCT EXTRAORDINAIRE LE MISTRAL

Les IDE du service le mistral témoignent :

Au début de l’année 2020, le premier plan blanc a été déclenché suite à la pandémie de COVID-19. De nombreux services de l’hôpital ont été fermés et des soignants ont été placés en ASA sur décision de l’établissement. De notre côté au SSR Mistral, nous avons été déclarés service COVID et de ce fait, nous sommes de nombreuses fois revenus sur nos temps de repos pour éviter que des agents d’autres pôles nous remplacent.

Nous avons également changé d’amplitude de travail, en effet nous sommes passé en 12h de façon très rapide pour raison principale d’économie de personnel. Cela devait être un essai temporaire pour allier réduction d’effectif et meilleure prise en charge du patient. Or aujourd’hui si nous faisons le bilan, la qualité de soin se dégrade et elle ne va pas aller en s’améliorant avec la baisse d’effectif qui nous est imposée aujourd’hui.

Lorsque nous travaillions en 7h36, nous avions une infirmière en journée qui prenait en charge les LISP, ainsi qu’une aide-soignante en plus. Il y avait également un changement d’équipe au milieu de la journée. Aujourd’hui, il nous est demandé de réaliser la même prise en charge et d’avoir la même énergie en travaillant 4h30 de plus, avec des patients chronophages qui demandent énormément de notre temps.

En effet, le service accueille des personnes âgée, une population fragile, bien souvent polypathologique, avec beaucoup de démences et de patients qui déambulent. La crise sanitaire a également accentué leur instabilité au niveau médical, nous avons reçu à maintes reprises des patients dits « aigus ». Tout cela ajouté au fait que nous avons quatre médecins dans le service et parfois plusieurs sur un même secteur, cela augmente parfois les soins à réaliser et les sollicitations de la journée.

Nous ressentons depuis deux ans un épuisement physique et un épuisement mental qui induit des montées de pression inter équipe et des arrêts à répétition. Ces arrêts sont dû à des accidents de travail et à de multiples burn out. Nos corps ont du mal à faire face à la lourdeur du service et au rythme imposé. Le sentiment d’insatisfaction du travail accompli est omniprésent, car nous avons l’impression d’être des « robots » et de ne plus prendre en soins le patient dans sa globalité. Nous avons déjà tiré la sonnette d’alarme en manifestant notre mal être et les difficultés que nous rencontrions.

Malgré cela, ce 26 novembre, nous apprenons que nous devons de nouveau faire un effort supplémentaire par manque de personnel sur l’hôpital : il est demandé qu’une infirmière de notre équipe passe de nuit. Et nous apprenons le lendemain qu’une seconde infirmière doit partir dans un autre service. De ce fait, nous sommes contraints une nouvelle fois de réorganiser le service. Afin de travailler à trois infirmières la journée, nous avons désormais deux secteurs de 17 patients et un secteur de 12 patients.

Mais vous êtes-vous posé la question de savoir ce que cela signifie pour les patients et les soignants ? La technicité fait partie de notre rôle, cependant cela signifie moins de temps pour l’infirmière auprès du patient afin d’accomplir son rôle propre, moins de relationnel et donc une prise en charge très superficielle car nous serons incapables de connaître le réel état psychologique du patient. Cela veut aussi dire davantage de tâches pour les aides-soignantes qui devront compenser le manque d’infirmière. Etant elles-mêmes en nombre restreint, elles devront se passer du travail en binôme avec l’infirmière qui allait normalement de pair avec le passage en 12h.

Nous tenons également à évoquer nos quatre LISP. Une subvention particulière a été accordée à notre service pour prendre en charge quatre patients en lits identifiés de soins palliatifs, et récemment elle a été augmentée pour six lits. Pour le moment, nous n’avons encore que quatre LISP officiels. Cependant d’autres patients sont dans une prise en charge palliative sur des lits d’hospitalisation classiques. Le fait d’avoir ces LISP nécessite une prise en charge particulière requérant une équipe dédiée. Actuellement, ce n’est pas le cas. Nous n’avons aucune équipe consacrée à ces LISP, aucune prise en charge adaptée faute de temps et d’attention. Et cela va s’aggraver avec les changements que l’on veut nous imposer aujourd’hui.

Alors aujourd’hui, le personnel du SSR Mistral dit stop. Nous ne voulons plus travailler dans ces conditions. Nous n’accepterons plus cette maltraitance envers les soignants et surtout, envers les patients.

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